Le piège des garanties BESS : ce que les acheteurs doivent vraiment examiner
Une « garantie de 10 ans » peut recouvrir des réalités très différentes selon le fournisseur. Voici les points que les acheteurs doivent réellement vérifier avant de signer un contrat BESS.

Deux fournisseurs peuvent tous deux annoncer une « garantie de 10 ans » — tout en offrant, en réalité, des niveaux de protection très différents. Car l’essentiel ne réside pas dans la durée affichée, mais dans ce qu’elle recouvre réellement : maintien de la capacité, méthode de mesure, conditions d’exploitation, exclusions et recours prévus lorsque la batterie n’atteint pas les performances garanties.
Voici les points qu’un acheteur doit examiner avant de signer.
Le piège des garanties BESS : ce que les acheteurs doivent vraiment examiner
« Garantie de 10 ans. » C’est souvent l’un des premiers éléments qu’un acheteur regarde lorsqu’il compare des fournisseurs de BESS. Pris isolément, c’est pourtant l’un des indicateurs les moins pertinents.
Une garantie de dix ans proposée par un fournisseur peut offrir un niveau de protection très différent de celle d’un autre fournisseur affichant exactement la même durée. La différence se trouve souvent dans les définitions contractuelles, les conditions d’exploitation, les hypothèses de dégradation, les exclusions et les recours prévus par la garantie.
Pour un projet de stockage d’énergie par batteries destiné à fonctionner pendant dix ans ou plus, la vraie question n’est donc pas simplement : « Quelle est la durée de la garantie ? »
Il faut plutôt se demander : qu’est-ce qui est réellement garanti, dans quelles conditions et que se passe-t-il si les performances garanties ne sont pas atteintes ?
Cette distinction devient d’autant plus importante que les projets BESS gagnent en taille et en complexité, et que leur rentabilité dépend de performances prévisibles sur le long terme.
Une garantie produit n’est pas une garantie de performance
La première distinction à faire concerne la différence entre garantie produit et garantie de performance.
Une garantie produit couvre généralement les défauts liés aux matériaux, à la fabrication ou aux équipements. Une garantie de performance porte, elle, sur la capacité du système à maintenir certains niveaux de performance définis contractuellement au fil du temps.
Ce sont deux notions très différentes.
Une batterie peut rester parfaitement fonctionnelle alors que sa capacité disponible diminue progressivement. Il peut n’y avoir aucune « panne » au sens classique du terme : le système démarre, se charge et se décharge, communique avec l’EMS et continue d’assurer ses fonctions principales.
Mais si la batterie devait conserver un certain niveau de capacité utilisable et qu’elle ne l’atteint plus, la performance économique du projet peut être directement affectée.
Un acheteur ne doit donc jamais supposer qu’une garantie produit couvre automatiquement les performances à long terme de la batterie.
« 10 ans » ne dit pas tout
Prenons deux fournisseurs proposant chacun une garantie de dix ans.
À première vue, les offres semblent comparables. Pourtant, le premier fournisseur peut garantir un certain niveau de capacité résiduelle après dix ans uniquement sous réserve d’un débit énergétique annuel, d’une plage de température et d’une profondeur de décharge déterminés.
Le second peut également proposer dix ans de garantie, mais avec une capacité garantie calculée sur la base d’un débit énergétique annuel inférieur et d’une fenêtre d’exploitation plus restrictive.
Les deux fournisseurs peuvent donc légitimement annoncer une « garantie de 10 ans ». La réalité commerciale de leurs offres est pourtant très différente.
Le Règlement européen sur les batteries illustre bien l’importance de ces conditions sous-jacentes. Pour les batteries industrielles rechargeables de plus de 2 kWh, il impose notamment la communication d’informations relatives aux performances électrochimiques et à la durabilité, ainsi qu’une explication des spécifications, normes et conditions utilisées pour mesurer, calculer ou estimer ces valeurs. Parmi les paramètres concernés figurent notamment la perte de capacité, la perte de puissance, la diminution du rendement aller-retour et la durée de vie attendue.
Pour les acheteurs, le principe est simple : ne jamais évaluer la durée d’une garantie sans examiner les conditions qui lui sont associées.
Le maintien de la capacité est l’un des indicateurs les plus importants
Pour de nombreux projets BESS, le maintien de la capacité est commercialement plus pertinent que la durée de garantie affichée.
Une batterie peut commencer son exploitation avec une capacité utilisable donnée, puis perdre progressivement une partie de cette capacité sous l’effet du vieillissement calendaire et du vieillissement lié aux cycles.
La question essentielle devient alors : quel niveau de capacité le fournisseur garantit-il à 5 ans, à 10 ans ou à toute autre échéance contractuelle ?
Mais cette information, à elle seule, ne suffit toujours pas.
L’acheteur doit également comprendre comment cette capacité est mesurée. Est-elle mesurée au niveau DC de la batterie ou à la sortie AC du système ? À quelle température ? Sur quelle plage de SOC ? À quel taux de charge et de décharge ? Quelles consommations auxiliaires sont prises en compte ? Quelle procédure de test est utilisée ?
Sans méthodologie de mesure clairement définie, deux garanties de capacité peuvent être impossibles à comparer correctement.
Le Règlement européen sur les batteries exige d’ailleurs que les informations relatives aux performances et à la durabilité soient accompagnées d’explications sur les conditions utilisées pour mesurer ou estimer les paramètres concernés. Cette même rigueur devrait être appliquée dans le cadre d’un processus d’achat professionnel.
Le profil d’exploitation peut modifier la portée de la garantie
L’un des points les plus importants à examiner est la relation entre la garantie et l’utilisation réelle prévue du BESS.
Une batterie soumise à un nombre limité de cycles peu profonds n’aura pas le même profil de vieillissement qu’une batterie exploitée intensivement chaque jour.
C’est pourquoi les garanties comportent souvent des conditions relatives au débit énergétique, à la profondeur de décharge, aux taux de charge et de décharge, à la température de fonctionnement, aux limites d’état de charge, au nombre de cycles, au nombre annuel d’heures de fonctionnement ou encore aux exigences de maintenance.
Ces conditions ne sont pas nécessairement problématiques en elles-mêmes.
Le risque apparaît lorsque l’acheteur se concentre sur la durée affichée sans vérifier si les conditions contractuelles correspondent réellement à la stratégie d’exploitation du projet.
Un BESS destiné à effectuer des cycles quotidiens intensifs ne devrait pas être évalué sur la base d’une garantie conçue pour un profil d’utilisation nettement moins exigeant.
Le débit énergétique peut être plus pertinent que le nombre de cycles
Le nombre de cycles est une manière intuitive de mesurer l’utilisation d’une batterie. Mais pour un BESS commercial, le débit énergétique peut constituer une référence contractuelle plus pertinente.
Prenons deux projets.
Le premier réalise principalement des cycles peu profonds.
Le second effectue quotidiennement des cycles profonds.
Sur une période donnée, les deux systèmes peuvent afficher un nombre comparable de cycles équivalents, alors que la quantité totale d’énergie traitée par leurs batteries peut être sensiblement différente selon leur profil d’exploitation.
Les acheteurs doivent donc déterminer si la garantie du fournisseur est limitée par la durée, le nombre de cycles, le débit énergétique — ou par une combinaison de ces critères.
Le Règlement européen sur les batteries identifie notamment le débit énergétique, le débit de capacité et les cycles complets équivalents de charge-décharge parmi les paramètres pertinents pour déterminer la durée de vie attendue des systèmes stationnaires de stockage d’énergie par batteries.
C’est un point essentiel lorsqu’il s’agit de traduire une garantie technique en conditions d’exploitation réelles du projet.
Que se passe-t-il si la batterie se dégrade plus rapidement que prévu ?
C’est à ce moment qu’une garantie prend toute sa valeur commerciale.
Supposons que le contrat prévoie que la batterie conserve un certain niveau de capacité après plusieurs années. Que se passe-t-il si ce niveau n’est pas atteint ?
Plusieurs recours peuvent être prévus : réparation ou remplacement de composants, ajout de modules de batterie, augmentation de capacité, compensation financière ou autre mécanisme défini contractuellement.
L’essentiel est que ce recours soit parfaitement compris avant la signature du contrat.
Une formulation telle que « le fournisseur garantit 80 % de capacité après dix ans » reste incomplète si l’acheteur ne sait pas ce qui se passe lorsque la capacité mesurée n’est plus que de 76 %.
Le fournisseur remplace-t-il les modules ? Dans quel délai ? Qui prend en charge la main-d’œuvre ? Le transport ? La remise en service ? Les équipements de remplacement présentent-ils les mêmes spécifications ? Le remplacement prolonge-t-il ou réinitialise-t-il la garantie ? L’acheteur doit-il accepter une stratégie d’augmentation de capacité particulière ?
Les conséquences financières de ces questions peuvent être considérables.
L’augmentation de capacité n’est pas nécessairement incluse
L’augmentation de capacité d’un BESS mérite une attention particulière.
À mesure que les batteries se dégradent, il est possible d’installer une capacité supplémentaire afin de maintenir le niveau de performance requis du système. D’un point de vue technique, cette approche peut constituer une stratégie de cycle de vie parfaitement légitime.
Du point de vue de l’acheteur, la question est différente : qui paie cette capacité supplémentaire, et dans quelles circonstances ?
Si l’augmentation de capacité est déjà incluse dans l’offre commerciale du fournisseur, le contrat doit définir précisément ce qui est compris.
Si elle ne l’est pas, l’acheteur doit déterminer si le maintien de la capacité initialement requise risque d’entraîner des dépenses d’investissement supplémentaires au cours de la vie du projet.
C’est l’une des raisons pour lesquelles un BESS ne doit jamais être évalué uniquement sur la base de son prix initial. La stratégie de cycle de vie doit être comprise dès la phase d’achat.
Les exclusions doivent être examinées attentivement
Les exclusions peuvent être aussi importantes que la garantie elle-même.
Une garantie peut, par exemple, cesser de s’appliquer si le système a fonctionné en dehors des limites de température définies, dépassé le débit énergétique prévu, subi certaines conditions de réseau, fait l’objet d’une maintenance inadéquate ou subi des modifications non autorisées.
Ces exclusions peuvent être techniquement justifiées.
Pour l’acheteur, la vraie question est de savoir si elles sont compatibles avec les conditions réelles d’exploitation du projet.
Une condition facile à respecter dans un environnement contrôlé peut être beaucoup plus difficile à satisfaire sur un site réel, soumis aux variations de température ambiante, aux événements réseau et aux contraintes opérationnelles.
C’est précisément là que les équipes techniques et achats doivent travailler ensemble.
L’équipe achats doit comprendre ce qu’elle achète. L’équipe technique doit comprendre ce que le contrat garantit réellement.
Qui fournit réellement la garantie ?
Une autre question est souvent négligée : quelle entité juridique porte réellement la garantie ?
L’entreprise qui commercialise le BESS n’est pas nécessairement celle qui fabrique les cellules, intègre le système ou assure les services à long terme.
Pour un projet BESS international, cette distinction peut devenir particulièrement importante.
L’acheteur doit comprendre les relations contractuelles entre les différentes parties et identifier précisément quelle entité est responsable de chaque obligation. Cette question prend encore davantage d’importance lorsque le fournisseur est établi dans une juridiction différente de celle de l’acheteur.
Une garantie reste, avant tout, un engagement contractuel.
Sa valeur pratique dépend non seulement de ce qu’elle prévoit, mais également de l’entité qui prend cet engagement et de la capacité de l’acheteur à le faire appliquer.
Garantie et service après-vente sont étroitement liés
Une garantie perd une grande partie de sa valeur si la résolution d’un problème prend plusieurs mois.
Pour un BESS à grande échelle, l’acheteur doit donc aller au-delà du document contractuel et examiner l’organisation du service après-vente du fournisseur.
Où sont stockées les pièces détachées ? Qui assure le support technique ? Une surveillance à distance est-elle disponible ? Quel est le délai d’intervention ? Qui effectue les réparations ? Comment les modules de remplacement sont-ils acheminés ? Qui assure la remise en service après remplacement ?
Ces questions deviennent de plus en plus importantes à mesure que le système vieillit.
La capacité du fournisseur à assurer le support du BESS pendant toute sa durée d’exploitation fait donc partie intégrante de la valeur réelle de la garantie.
Qu’en est-il des logiciels et des firmwares ?
Les BESS modernes dépendent fortement des logiciels.
Le BMS, le PCS et l’EMS échangent continuellement des données et pilotent le fonctionnement du système. La garantie doit donc également être examinée au regard de la politique du fournisseur en matière de mises à jour logicielles, d’accès à distance et de modifications du firmware.
L’acheteur doit notamment déterminer si certaines modifications logicielles peuvent affecter les performances du système ou les conditions de garantie.
Il est également important de définir qui peut accéder aux données opérationnelles et quelles informations peuvent être extraites du système.
Ces éléments sont particulièrement importants pour la gestion de l’actif à long terme, la vérification des performances et la réalisation d’audits techniques indépendants.
Le Règlement européen sur les batteries accorde déjà une place importante à l’accès aux données des batteries ainsi qu’aux paramètres permettant de déterminer leur état de santé et leur durée de vie attendue.
Pour un actif BESS exploité sur le long terme, la donnée devient donc une composante de la garantie, et non plus un simple sujet technique distinct.
La garantie doit être adaptée au projet
Il n’existe pas de garantie BESS universellement « meilleure » qu’une autre.
La garantie appropriée dépend avant tout de la manière dont l’actif sera exploité.
Un BESS destiné à l’intégration d’énergies renouvelables peut présenter un profil d’exploitation très différent d’un système principalement utilisé pour la régulation de fréquence. De même, un projet soumis à des cycles quotidiens intensifs peut nécessiter une structure de garantie différente de celle d’un projet dont le débit énergétique annuel reste relativement limité.
Comparer les garanties uniquement sur leur durée peut donc être trompeur.
La bonne approche consiste à déterminer si la garantie est réellement alignée sur le profil d’exploitation, le modèle économique et la durée de vie attendue du projet.
Que doivent clarifier les acheteurs avant de signer ?
Avant d’accepter une garantie BESS, l’acheteur devrait pouvoir répondre clairement aux questions suivantes :
Qu’est-ce qui est exactement garanti ?
Comment la capacité est-elle mesurée et où se situe le point de mesure ?
Quelles sont les conditions d’exploitation applicables ?
La garantie est-elle limitée par la durée, le nombre de cycles ou le débit énergétique ?
Quel niveau de capacité est garanti à chaque échéance ?
Que se passe-t-il si le niveau garanti n’est pas atteint ?
Qui prend en charge le remplacement, le transport, la main-d’œuvre et la remise en service ?
L’augmentation de capacité est-elle incluse ? Quelles sont les exclusions ?
Quelle entité juridique porte la garantie ?
Et peut-être la question la plus importante : l’acheteur peut-il vérifier de manière indépendante que les conditions permettant de faire jouer la garantie sont remplies ?
Si la réponse n’est pas claire, la garantie risque d’être difficile à faire appliquer en pratique.
Du document de garantie à la performance contractuelle
Une garantie BESS solide ne doit jamais être considérée isolément.
Elle doit être cohérente avec les spécifications techniques, le profil d’exploitation, le modèle de dégradation, la méthodologie de test, le contrat de service et les hypothèses commerciales utilisées pour évaluer le projet.
C’est ici que la qualité du processus d’achat prend toute son importance.
L’acheteur n’achète pas simplement un équipement. Il achète un niveau de performance défini, sur une période déterminée et dans des conditions d’exploitation précises.
La garantie constitue l’un des mécanismes contractuels qui viennent sécuriser cette promesse.
Sa valeur dépend donc directement de la précision avec laquelle cette promesse est définie.
Le nombre d’années n’est qu’un point de départ
Une « garantie de 10 ans » peut sembler rassurante.
Mais dix ans ne représentent que la durée.
La véritable valeur de la garantie se trouve dans ce qui se cache derrière ce chiffre : maintien de la capacité, débit énergétique, conditions d’exploitation, méthodologie de mesure, exclusions, recours, obligations de service, mais aussi solidité financière et capacité opérationnelle de l’entité qui porte la garantie.
Pour un projet BESS, ces éléments peuvent avoir beaucoup plus d’importance que le nombre d’années affiché sur la première page du document de garantie.
Une bonne garantie BESS ne se contente pas d’indiquer pendant combien de temps le fournisseur s’engage sur son produit.
Elle définit ce que le fournisseur s’engage réellement à garantir, comment cette performance sera mesurée et ce qui se passera si les performances réelles ne correspondent pas aux engagements contractuels.
C’est cela que les acheteurs doivent examiner.
Cet article fait partie de la série BESS Procurement Insights de BuyStep, consacrée à aider les acheteurs professionnels à évaluer les fournisseurs de batteries et de solutions de stockage d’énergie au-delà des seules spécifications mises en avant.
Par Thierry C.


